Le calendrier de grossesse semaine par semaine, et ce qu’il ne dit pas

Quand j’attendais mon premier enfant, je passais des heures à chercher un calendrier grossesse qui me dise enfin où j’en étais. J’en ai suivi deux, un imprimé donné par la maternité et une application sur mon téléphone, et les deux ne racontaient pas la même grossesse.

Ce texte dit ce que ces calendriers contiennent, ce qu’ils mesurent, et à quel moment j’ai cessé de les ouvrir tous les matins.

Ce que contient un calendrier grossesse semaine par semaine

La structure est à peu près toujours la même. Pour chaque semaine, une description du développement du fœtus, souvent accompagnée d’une comparaison avec un fruit ou un légume. Une liste de sensations possibles. Des rendez-vous ou examens situés dans le temps. Parfois des suggestions pratiques.

Les trois premières rubriques reposent sur des moyennes établies sur de grandes populations. La quatrième relève de la ligne éditoriale de celui qui publie, et c’est elle qui varie le plus d’un calendrier à l’autre.

Cette distinction m’a demandé du temps. Je lisais tout avec le même degré de confiance, alors qu’une taille moyenne à vingt semaines et un conseil sur le sommeil n’ont pas le même statut.

Les comparaisons avec des fruits, et pourquoi elles trompent

Une graine de sésame, une olive, une mangue. Ces images sont mémorables, et c’est leur problème. Elles donnent une précision que les mesures n’ont pas.

Les tailles indiquées sont des moyennes, et la dispersion autour de la moyenne est importante, surtout au deuxième et au troisième trimestre. Un enfant plus petit que l’olive annoncée n’est pas en retard. Il est dans la distribution normale, que le calendrier ne montre jamais.

J’ai vu une amie s’inquiéter pendant une semaine entière à cause d’un écart de deux centimètres avec son application. Son échographie était parfaitement normale. L’écart venait du calendrier, pas de sa grossesse.

Ce que mesure une échographie

Les mesures échographiques servent à situer une croissance dans une courbe, pas à vérifier une taille annoncée par une application. C’est la progression qui compte davantage que la valeur ponctuelle, et c’est pour cela que les rendez-vous se répètent.

Un calendrier mural utilisé pour planifier les semaines

Les rendez-vous, la seule partie du calendrier grossesse qui engage

C’est la rubrique la plus utile du calendrier, et celle qui demande le plus d’attention, parce qu’elle dépend du pays.

Un calendrier publié en France place les examens selon le calendrier français. Les recommandations suisses ne coïncident pas sur tous les points, et le nombre de contrôles pris en charge diffère. En suivant un calendrier étranger, on se présente au mauvais moment ou on s’alarme d’un examen qui n’est pas prévu ici.

Les repères applicables en Suisse sont décrits par l’Office fédéral de la santé publique, et chaque maternité remet son propre calendrier de suivi. C’est celui-là qui fait foi, et c’est celui que j’ai fini par scotcher sur le frigo.

Les semaines qui ne figurent dans aucun calendrier

Les calendriers décrivent une grossesse qui avance. Ils sont muets sur presque tout le reste.

Rien sur les semaines d’attente entre deux résultats. Rien sur la fatigue qui ne correspond pas au trimestre annoncé. Rien sur ce qu’on fait d’une annonce qu’on n’a pas envie de faire. Rien, non plus, sur les grossesses qui s’arrêtent, alors que l’application continue d’envoyer sa notification hebdomadaire.

Ce silence n’est pas une faute de conception. Un calendrier décrit une trajectoire moyenne, et la moyenne ne contient aucun de ces moments. Mais il faut le savoir en l’ouvrant, sinon on finit par croire que sa propre grossesse est hors sujet.

Papier ou application

J’ai utilisé les deux et je n’ai pas de préférence tranchée. Le papier ne notifie pas, ne demande aucune donnée, et se referme. L’application calcule, rappelle les rendez-vous, et accompagne mal les arrêts.

  • Vérifier le pays de référence avant de suivre un calendrier des examens.
  • Regarder si l’outil compte en SA ou en semaines de grossesse, et lequel il affiche.
  • Lire la politique de confidentialité d’une application de santé, qui traite des données sensibles.
  • Vérifier qu’on peut arrêter les notifications facilement, et sans supprimer le compte.
  • Garder le calendrier de la maternité comme référence pour tout ce qui concerne les rendez-vous.

Les données que l’on donne sans y penser

Une application de grossesse recueille des informations qui comptent parmi les plus sensibles qu’une personne puisse confier : des dates, un état de santé, parfois un poids, parfois une humeur quotidienne.

J’ai lu les conditions de deux applications que j’avais installées. L’une indiquait clairement où les données étaient hébergées et combien de temps elles étaient conservées. L’autre renvoyait à une politique générale de huit pages qui mentionnait des partenaires sans les nommer.

Je ne tire pas de conclusion sur un cas particulier, et je n’ai aucune compétence pour évaluer une politique de confidentialité. Je note seulement que la question se pose, qu’elle se pose avant l’installation, et qu’elle est plus facile à trancher à ce moment-là qu’après six mois d’utilisation.

Ce que j’ai mis sur le frigo, au bout du compte

Une feuille A4 avec quatre choses : la date du prochain rendez-vous, le numéro de la maternité, le terme en semaines d’aménorrhée, et la liste des questions à poser.

Cette dernière colonne est celle qui m’a le plus servi. Elle a absorbé toutes les inquiétudes qui, à la première grossesse, partaient dans un moteur de recherche à minuit. Une question notée attend. Une question tapée dans une barre de recherche trouve toujours une réponse, et rarement la bonne.

Le moment où j’ai arrêté

Vers la vingt-cinquième semaine, à ma seconde grossesse. Je n’ai pas pris de décision, j’ai simplement cessé d’ouvrir l’application le matin.

Ce qui m’a fait tenir ensuite, c’est le calendrier des rendez-vous sur le frigo et une personne compétente qui répondait au téléphone. Les deux suffisaient. Je dis cela sans aucune valeur générale : j’ai des amies qui ont ouvert leur application jusqu’au dernier jour et qui y ont trouvé du réconfort.

Pour aller plus loin

La question du décompte des semaines mérite son propre texte, que j’ai écrit à part sur le calcul des semaines de grossesse. Celle des toutes premières semaines, quand il n’y a encore rien à mesurer, est traitée dans mon billet sur les symptômes de grossesse à 1 semaine.

J’espère que ça vous aide à y voir un peu plus clair, même partiellement. Pour tout ce qui concerne votre suivi, c’est à la personne qui vous accompagne qu’il faut poser la question.